Des outils spécifiques adaptés à la gestion des problèmes complexes

L’Institution Patrimoniale du Haut-Béarn au quotidien
Didier Hervé, directeur et Cécile Gounot, ingénieur à l’IPHB en soulignent quelques points intéressants - août 1996

Le bon fonctionnement de l'IPHB s'appuie sur :

  • la participation volontaire et sans contrainte de chacun,
  • la transparence,
  • le temps,
  • et la prise de conscience que ce problème ne peut être géré que de façon patrimoniale.

Chacun est écouté, pris en compte. Le fonctionnement de la démocratie locale s'en est vu amélioré.

L'Institution Patrimoniale du Haut-Béarn (IPHB) est un organisme chargé de la mise en oeuvre de la charte de Développement Durable des Vallées Béarnaises et de la Protection de l’Ours signée entre les habitants des vallées (élus, bergers, chasseurs...) et l’Etat.

Ses domaines de compétences sont : l’agro-pastoralisme, la forêt, la chasse et activités cyné-gétiques et la protection de l’ours sur le territoire des trois vallées béarnaises d’Ossau, d’Aspe et de Barétous soit environ 135 000 hectares. Toute collectivité qui souhaite réaliser des aménagements, mener des actions dans ces différents domaines, doit obtenir la décision favorable du Syndicat Mixte du Haut-Béarn. Et ce dernier ne peut décider qu’après avoir obtenu l’avis du Conseil de Gestion Patrimoniale.

Ce montage très complexe et très lourd ressemble un peu à une " usine à gaz ". Pourtant, il est efficace. L’objectif premier de l’IPHB est de permettre aux acteurs d’avoir une approche commune de la gestion de leur territoire. Dans le cas de l’instruction de pistes sylvo-pastorales par exemple, cette démarche permet de regrouper les approches techniques, écologiques, économiques et pragmatiques. En effet, la gestion patrimoniale se traduit principalement par l’information et la participation de tous les acteurs et des populations concernés. Sont ainsi là réaffirmées des valeurs fortes de la démocratie. Pour les valléens, cette approche des problèmes se révèle désormais comme la seule acceptable.

Comment expliquer la réussite de ce système ?

1. L’Etat a accepté de confier le pouvoir de gestion aux représentants des vallées et à ceux qui y vivent.

2. L’IPHB donne une tribune officielle à des acteurs qui constataient autrefois que l’on parlait d’eux, sans jamais leur demander leur avis.

3. Par la transparence des actes : l’IPHB est une instance où siègent autour de la même table, le sous-préfet, le DDA, le conseiller général, le sénateur, le maire, le berger et le chasseur...

4. Par la participation volontaire, sans contrainte. Chacun peut quitter la table à tout moment et librement.

Les débats sont souvent longs (le Conseil de Gestion Patrimoniale dure en moyenne 10 à 12 heures), mais le taux de présence est supérieur à 80% et en deux ans, personne n’a quitté la table de discussion. Même si les débats ne sont pas toujours calmes, le savoir-faire peu commun du Président Jean Lassalle est là extrêmement important ; ces réunions longues et fréquentes renforcent le sentiment d’appartenance commune à une même cause.

En se regroupant, les acteurs se révèlent capables de prendre en compte la complexité, les différents aspects d’un problème et d’élaborer des réponses suffisamment complexes pour que le recours au vote soit rare car il est signe d’une réponse insatisfaisante. (La non adhésion d’un partenaire à une décision prouverait en effet que le jeu n’est pas totalement à somme positive car il se considèrait alors comme perdant). Nous cherchons à sortir du réflexe qui consiste à vouloir simplifier la question pour trouver une réponse qui a été, jusqu’à ce jour, trop souvent réglementaire, créatrice de contraintes et donc de conflits.

Ces règles de fonctionnement créent certes de l’impatience car, aux jours de la génération du TGV, tout le monde voudrait être arrivé avant d’avoir embarqué. L’action s’inscrit, chez nous, dans un nouveau mode de gestion profond et durable qui nécessite une évolution psychologique importante chez l’ensemble des acteurs. Et, dans nos montagnes, nous savons qu’il faut pour cela, avancer au pas du montagnard !

L’IPHB est composée de deux instances :

  • une instance de décision : le Syndicat Mixte du Haut-Béarn, collectivité locale composée du Conseil Général des Pyrénées Atlantiques, du Conseil régional d’Aquitaine et de 16 communes (prochainement 20) qui ont accepté volontairement de signer la Charte ;
  • une instance de concertation : le Conseil de Gestion Patrimoniale, composé de 3 collèges :
    • un collège d’élus (8 maires, 2 conseillers généraux, 1 conseiller régional) ;
    • un collège de personnalités qualifiées (représentants de l’Etat, du Conseil Général, du Conseil Régional, des scientifiques) ;
    • et un collège qui fait toute l’originalité et la force du système : le collège des valléens composé de 3 bergers, 2 chasseurs, 1 forestier, 2 associations de protection de la nature et le représentant de chaque chambre consulaire.





Sol et Civilisation

5, rue Joseph et Marie Hackin - 75116 Paris
Tel : 01.44.31.16.61 - Fax : 01.44.31.16.74
E-mail: soletcivilisation@soletcivilisation.fr