Nos Assises 2014, une fois n’est pas coutume, se sont tenues en Chartreuse, ce beau massif inspirant qualifié par Stendhal comme « l’émeraude des Alpes », sur le thème de la forêt et de la valorisation de la ressource bois.
L’ambition était double : il s’agissait d’une part de marquer notre attachement au groupe de réflexion local, présidé par Pierre Baffert, qui se réfère à notre projet et d’autre part, de s’interroger sur un paradoxe apparent de l’économie de nos territoires ruraux, rappelé rapport après rapport, la souffrance des filières bois malgré une demande croissante pour ce matériau et ses divers débouchés.
La ressource Bois est de plus en plus plébiscitée par nos concitoyens et nos politiques, soucieux de développement durable. L’énergie renouvelable, la construction-bois, les biomatériaux sont au coeur de la nouvelle croissance verte que chacun appelle. La France par ailleurs voit sa superficie forestière augmenter année après année. Depuis le début du XIXème, certes le point bas de notre histoire, sa superficie a plus que doublé. Notre superficie forestière s’élève aujourd’hui à environ 16 millions d’hectares. Nous étions à 11 millions d’hectares après la Deuxième Guerre mondiale. Nous gagnons encore environ 25 000 hectares par an. Or, nous constatons ces dernières années que la filière bois accuse un déficit de près 6 milliards d’euros, – 6.1 milliards en 2012, -5.6 en 2013. Derrière ces chiffres, nous le savons bien, il y a aussi des réalités douloureuses : des scieries, des PME qui ferment, de l’emploi qui s’évapore.
Est-ce donc inéluctable ? Quels sont les chemins possibles de changement ? Car, si nous sommes convaincus que les territoires ruraux ont un rôle à jouer dans nos sociétés modernes, autres que d’être des réserves foncières ou des espaces de recréation, et que la valorisation de la ressource Bois est doublement vertueuse, pour notre économie et pour nos équilibres environnementaux, il convient de s’interroger sur l’activation de cette ressource.
Plutôt que refaire un énième diagnostic, nous avons donc cherché à mieux cerner les potentiels d’innovation et surtout les processus qui permettent effectivement d’engager des dynamiques durables. Car l’importance n’est pas tant de constater, une fois encore, ce que l’on pourrait faire, mais bien de s’interroger sur le comment faire. Nous avons donc tenté de comprendre comment, dans nos sociétés et économies modernes, c’est-à-dire ouvertes aux vents des marchés et sensibles aux désirs d’une population essentiellement urbaine, on peut rester compétitif, innover, et prendre en compte les exigences environnementales et sociétales. Autrement dit, comment on
croise filière et territoire, performance économique et respect de l’environnement, exploitation et biodiversité. Il nous apparaît après ces débats dont vous trouverez ci-après les points essentiels que les solutions seront territoriales, c’est-à-dire qu’elles seront le fruit d’une dynamique collective capable de contextualiser ses réponses et de sortir des idéologies enfermantes.
L’économie du bois a donc une valeur d’exemple. Ces difficultés sont les symboles de notre rapport ambigu à l’économie du vivant, à la fois très attendue, mais également très contrainte. Ces réussites montrent à l’inverse comment nous pouvons effectivement activer ensemble des stratégies positives, articuler les attentes des uns et des autres, et s’engager ensemble dans des voies de changement gagnantes pour tous.
Je vous souhaite une bonne lecture et profite de cette occasion pour vous souhaiter une très belle année 2015, pleine de sève.

Anne-Claire VIAL, présidente de Sol et Civilisation

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