Ville-Campagne : un couple à repenser (59)

Lettre 59.inddCes Assises marquent les 25 ans de Sol et Civilisation. Raymond Lacombe et ses amis lançaient effectivement en 1991 Sol et Civilisation suite au Dimanche des Terres de France, grande manifestation parisienne qui mobilisait 300 000 ruraux dans les rues de la Capitale. Il résumait cet élan avec quelques mots simples mais qui résonnent encore aujourd’hui : « Une France rurale forte est indispensable à l’équilibre de notre pays […] et j’en appelle aux gens des villes de prendre cette main que nous venons de tendre et de la croiser avec nous ». La ruralité n’est pas un espace restant entre deux villes, ce sont des territoires de vie, de projet, d’innovation qui contribuent à la bonne santé, sociale, économique et environnementale de notre société. Mais la ruralité n’est pas seule, et son avenir se construit avec le monde urbain. Raymond Lacombe appelait alors de ses voeux à ne pas s’opposer mais à mieux collaborer, sans condescendance.
Une génération plus tard, notre monde a changé, nos territoires aussi. Aujourd’hui, la société déborde des territoires, le mode de vie « urbain » et la société de la mobilité, du temps libre se sont généralisés. Par ailleurs, l’économie s’est largement tertiarisée, y compris dans les campagnes. Parallèlement, l’aménagement du territoire en France s’est reconfiguré récemment du fait d’une triple réforme : loi sur les régions, loi sur les métropoles, loi sur l’organisation de notre République et a fait émerger un nouveau couple organisateur : les régions d’une part et les métropoles d’autre part.
Où en est aujourd’hui le couple ville-campagne ?

 

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Métropolisation, les nouveaux chemins du rural (57)

L’installation de nouvelles populations, le développement des mobilités les demandes nouvelles de services «comme en ville», les attentes des

Ressources humaines et territoire, le défi des compétences (56)

L’économie des territoires connaît depuis la fin des Trente Glorieuses des mutations profondes. Les besoins d’innovation, les diversifications sectorielles, les nouvelles mobilités demandent aux entreprises d’anticiper sans cesse pour rester compétitives et attirer les meilleures compétences. Les territoires ruraux sont bien sûr largement concernés par ces évolutions, leur économie est en perpétuel changement et l’effort d’adaptation devient quotidien. Comment dès lors mieux les accompagner ? Comment susciter des dynamiques entrepreneuriales proactives ?

Le bois, une valeur d’avenir (55)

Nos Assises 2014, une fois n’est pas coutume, se sont tenues en Chartreuse, ce beau massif inspirant qualifié par Stendhal comme « l’émeraude des Alpes », sur le thème de la forêt et de la valorisation de la ressource bois.
L’ambition était double : il s’agissait d’une part de marquer notre attachement au groupe de réflexion local, présidé par Pierre Baffert, qui se réfère à notre projet et d’autre part, de s’interroger sur un paradoxe apparent de l’économie de nos territoires ruraux, rappelé rapport après rapport, la souffrance des filières bois malgré une demande croissante pour ce matériau et ses divers débouchés.
La ressource Bois est de plus en plus plébiscitée par nos concitoyens et nos politiques, soucieux de développement durable. L’énergie renouvelable, la construction-bois, les biomatériaux sont au coeur de la nouvelle croissance verte que chacun appelle. La France par ailleurs voit sa superficie forestière augmenter année après année. Depuis le début du XIXème, certes le point bas de notre histoire, sa superficie a plus que doublé. Notre superficie forestière s’élève aujourd’hui à environ 16 millions d’hectares. Nous étions à 11 millions d’hectares après la Deuxième Guerre mondiale. Nous gagnons encore environ 25 000 hectares par an. Or, nous constatons ces dernières années que la filière bois accuse un déficit de près 6 milliards d’euros, – 6.1 milliards en 2012, -5.6 en 2013. Derrière ces chiffres, nous le savons bien, il y a aussi des réalités douloureuses : des scieries, des PME qui ferment, de l’emploi qui s’évapore.
Est-ce donc inéluctable ? Quels sont les chemins possibles de changement ? Car, si nous sommes convaincus que les territoires ruraux ont un rôle à jouer dans nos sociétés modernes, autres que d’être des réserves foncières ou des espaces de recréation, et que la valorisation de la ressource Bois est doublement vertueuse, pour notre économie et pour nos équilibres environnementaux, il convient de s’interroger sur l’activation de cette ressource.
Plutôt que refaire un énième diagnostic, nous avons donc cherché à mieux cerner les potentiels d’innovation et surtout les processus qui permettent effectivement d’engager des dynamiques durables. Car l’importance n’est pas tant de constater, une fois encore, ce que l’on pourrait faire, mais bien de s’interroger sur le comment faire. Nous avons donc tenté de comprendre comment, dans nos sociétés et économies modernes, c’est-à-dire ouvertes aux vents des marchés et sensibles aux désirs d’une population essentiellement urbaine, on peut rester compétitif, innover, et prendre en compte les exigences environnementales et sociétales. Autrement dit, comment on
croise filière et territoire, performance économique et respect de l’environnement, exploitation et biodiversité. Il nous apparaît après ces débats dont vous trouverez ci-après les points essentiels que les solutions seront territoriales, c’est-à-dire qu’elles seront le fruit d’une dynamique collective capable de contextualiser ses réponses et de sortir des idéologies enfermantes.
L’économie du bois a donc une valeur d’exemple. Ces difficultés sont les symboles de notre rapport ambigu à l’économie du vivant, à la fois très attendue, mais également très contrainte. Ces réussites montrent à l’inverse comment nous pouvons effectivement activer ensemble des stratégies positives, articuler les attentes des uns et des autres, et s’engager ensemble dans des voies de changement gagnantes pour tous.
Je vous souhaite une bonne lecture et profite de cette occasion pour vous souhaiter une très belle année 2015, pleine de sève.

Anne-Claire VIAL, présidente de Sol et Civilisation

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Le rural existe t’il encore ? (54)

La notion est apparue en 1350, est alors qualifiée de rural tout ce qui concerne « la vie dans les campagnes : l’habitat, l’économie, les mœurs… » (Y. Jean et M. Perigord – 2009). Pendant très longtemps, la campagne, de par ses activités, son rapport au sol, son organisation sociale, est un monde en soi, bien différent de la ville. Cette distinction est même structurante pour nos sociétés, l’urbain et le rural sont deux modalités d’occupation de l’espace, deux façons de vivre ensemble.

Aujourd’hui cette dichotomie ville-campagne semble de plus en plus dépassée. L’uniformisation des modes de vie, le développement des mobilités, la tertiarisation accrue de nos économies, l’interpénétration des habitats, font que la campagne ne serait plus vraiment la campagne. La ville, plus ou moins dense, serait finalement partout. Certains dès lors s’interrogent : le rural existe-t-il encore ?

Cette question ne nous semble pas seulement théorique car elle nous renseigne finalement sur l’ambition que nous avons pour les territoires ruraux. Seront-ils seulement des réserves foncières, des lieux de nature ou de production ou pourront-ils, par leur altérité propre, contribuer à construire d’autres équilibres, participer activement au développement harmonieux de nos sociétés ?

Ce 54ème numéro de notre Lettre ouvrira la question. Nous vous proposons pour ce faire d’abord le regard de trois chercheurs en sciences sociales, Guy Baudelle, Francis Aubert et Gilles Laferté, respectivement géographe, économiste et sociologue. Nous ouvrirons ensuite le débat avec quelques personnalités engagées Serge Bonnefoy, secrétaire technique de Terres en Villes, Vincent Piveteau, président du Collectif Ville Campagne, et Claire Bolduc, présidente de Solidarité Rurale du Québec. Nous vous proposerons enfin quelques réflexions que nous avons défendues avec Notre Europe-Institut Jacques Delors suite à une série de séminaires que nous avons co-organisée cet hiver sur la place des territoires ruraux dans l’Europe du XXIème siècle.

Les campagnes d’hier ont de toute évidence disparues. Les campagnes d’aujourd’hui sont de plus en plus connectées, les frontières comme partout s’effaçant peu à peu. Pourtant il nous apparaît bien que la ruralité, comme façon d’être au monde, comme pôle d’innovation, a encore toute sa modernité. Si l’espace clos n’est plus, le territoire reste bien une notion d’avenir.

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Coopérer pour innover (53)

L’avenir de l’agriculture fait actuellement l’objet de toutes les attentions : nouvelle Politique Agricole Commune en Europe, loi de modernisation en France. Les attentes à chaque fois sont multiples : nourrir les populations, entretenir et animer nos espaces ruraux, préserver notre environnement. Produire plus et mieux, lier filière et territoire, être doublement performant, voilà les défis à relever. Mais comment faire ?

Le vote en milieu rural : une radicalisation qui interroge (52)

“Depuis plusieurs années, scrutin après scrutin, nous constatons une forme de radicalisation dans le vote rural et une montée des extrêmes. Cette évolution interroge, inquiète souvent.  Elle porte en tout cas un message qu’il convient de mieux comprendre sans le simplifier à un mouvement d’humeur persistant.

Alors que se prépare déjà les prochaines élections municipales, il nous a ainsi semblé utile d’apporter quelques éclairages sur ce phénomène, symptôme sans doute d’une crise plus profonde”.

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Finances et territoires (51)

Le lien entre finance et territoire est devenu un sujet de préoccupation majeure ces dernières années. Depuis la crise des subprimes en 2007 et la faillite de Lehman Brothers en 2008, les crises s’enchaînent par rebonds successifs, toujours plus importantes, toujours plus violentes, des marchés aux banques, des banques aux Etats, des Etats aux sociétés. Il faut bien l’avouer, la plupart d’entre nous découvrent une machine devenue infernale : une finance satellisée par rapport au monde réel ; on parle désormais d’un rapport de 1 à 10 entre l’économie financière et  l’économie réelle.
L’effroi est d’autant plus fort que les solutions apportées semblent chaque fois insuffisantes ou timorées : nous assistons à un enchaînement des plans de sauvetage en Europe sans forcément voir le bout du tunnel et au-delà des discours, on peut effectivement s’interroger sur notre capacité à réguler la finance à l’échelle mondiale.
Dans ce contexte, les territoires, en particulier les territoires ruraux, risquent bien d’être emportés par ses ouragans financiers. D’abord, peut-être, parce que la ressource « terre » devenant une denrée rare sur notre planète, ils pourraient devenir des actifs attractifs pour les spéculations financières.
221 millions d’hectares de terres auraient déjà été acquis par des fonds d’investissement depuis 2011 soit 15 % de la surface cultivée dans le monde. Ensuite parce que les marchés agricoles financiarisés fragilisent globalement l’économie agricole. Ayons pour exemple ce chiffre en tête, 200 fois la production annuelle de blé s’échangerait aujourd’hui sur les marchés financiers. Enfin, parce que, pour rester compétitive, les activités économiques chercheront à s’agglomérer pour trouver des économies d’échelle ou chercher des synergies, bref à aller dans les métropoles urbaines. Or, la finance est nécessaire à l’économie pour, notamment, fournir de la trésorerie, couvrir les
risques, financer le capital de départ. Alors peut-il y avoir d’autres chemins possibles ? Sommes nous définitivement montés dans un train lancé à grande vitesse, désormais sans réel conducteur, et qui nous dirige vers un précipice ?
Nos 21èmes Assises, le 4 octobre dernier, ont cherché à montrer des voies porteuses d’avenir, nouvelles ou plus anciennes, où le couple finance et territoire reprend du crédit. Je vous invite alors à découvrir ou redécouvrir les exposés et témoignages de cette journée sur notre site Internet.
Nous vous proposons dans cette Lettre de prolonger le débat et de pouvoir apprécier les points de vue d’auteurs et d’acteurs du monde de la finance et des territoires tels que Frédéric Lobez, professeur à l’Université Lille 2, Amélie Artis, chercheuse à Science Po Grenoble, Wojtek Kalinowski, sociologue et historien de l’Institut Veblen et enfin Jean-François Laurain, Directeur Général Exécutif d’Unigrains.
Avec ce premier éditorial en tant que nouvelle Présidente de Sol et Civilisation, je souhaite également remercier de nouveau Michel Ledru qui, tout au long des 8 dernières années, a eu le sage souci de garder notre association ouverte aux hommes et aux idées.
Notre projet conserve dès lors toute son acuité : être un lieu indépendant de rencontres, de réflexions et d’intervention pour promouvoir et faciliter, depuis les milieux ruraux, un développement fondé sur le rôle de l’homme acteur des territoires et gestionnaire du vivant.
Dans ces temps de crises, ces moments où tout change, il convient de voir le monde différemment pour créer du nouveau.
Je reste convaincue que Sol & Civilisation, à son échelle, y contribuera.
Je vous souhaite une bonne lecture.

Anne-Claire Vial, présidente de Sol et Civilisation

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50ème numéro de la Lettre de Sol et Civilisation

Voici la cinquantième Lettre de Sol & Civilisation.

“Cette publication qui accompagne nos travaux depuis 1996, au fond ocre très reconnaissable, a trouvé progressivement sa place. Elle est aujourd’hui diffusée à plus de 4500 exemplaires à rythme trimestriel. Elle connaît depuis peu une autre vie sur notre site Internet où certains numéros sont téléchargeables et où bientôt l’ensemble des articles publiés seront regroupés dans une base documentaire multi-thématique.

Raymond Lacombe, notre président fondateur, formait le voeu dans ses premiers éditoriaux que notre Lettre puisse être un espace ouvert aux idées et aux expériences, une espace de débat sur la ruralité, les territoires et plus globalement une réflexion à visée humaniste sur l’évolution de notre société. Cette société, nous disait-il, « dans sa marche forcée toujours plus rapide, déstabilise les groupes et les individus. La peur du lendemain, le risque de la perte de son emploi, les entreprises sur le qui-vive… tout cela crée un climat d’inquiétude et d’interrogation sur l’avenir. Il est nécessaire de redonner des perspectives. La place de l’homme, de sa responsabilité, de son rôle social et convivial doit, pour ce faire, revenir au centre des débats ». C’est, avec cette ambition, que près de 250 articles ont été publiés
depuis ; ce sont plus de 150 auteurs qui ont ainsi participé à ces débats livrant leurs réflexions, analyses et témoignages. Qu’ils en soient tous remerciés.  Dans cette période de débat démocratique où chacun cherche à proposer un chemin pour l’avenir de notre pays, nous avons souhaité saisir l’occasion d’un numéro spécial pour réaffirmer nos fondamentaux et remettre en perspective quelques textes qui ont marqué nos colonnes. Nous reviendrons ainsi dans les pages qui suivent sur des thématiques qui nous semblent importantes : la place du rural et de l’agriculture dans nos sociétés, le développement économique et la vie démocratique dans nos territoires. Nous espérons, ce faisant, éclairer des débats essentiels pour demain comme la nature du développement, l’organisation de nos territoires, la subsidiarité dans les niveaux de responsabilité. Ces thèmes me semble-t-il répondent en effet à trois grands enjeux que je voudrais, en guise d’introduction, souligner.

Il y a d’abord un enjeu rural. En France, l’opposition entre le rural et l’urbain semble aujourd’hui à première vue largement dépassée. Nous vivons dans une société de plus en plus intégrée où une grande partie de ce qui faisait la spécificité de ces espaces est en train de
s’atténuer. Les modes de vie sont désormais proches et nos territoires sont davantage interconnectés. Il n’en reste pas moins que s’exprime depuis quelques années un intense « désir de campagne ». L’exode urbain, la périurbanisation – phénomènes majeurs de la
dynamique démographique actuelle – sont certes encouragés par des logiques économiques (prix des logements moins chers) et sont favorisés par une capacité de mobilité accrue mais ils révèlent, me semble-t-il, un besoin profond pour chaque individu de se relier de nouveau au vivant, de retrouver des horizons, de sentir le temps des saisons, bref de retrouver la terre pour ne pas se perdre dans un monde de plus en plus artificiel. Je reste convaincu que l’homme ne pourra durablement vivre et s‘épanouir ni en « hors sol » ni hors du temps réel. Le territoire rural reste, de ce point de vue, un point d’ancrage et de relations fondamental. Trop souvent encore, l’espace rural est vu comme une réserve foncière des aires urbaines, il est temps de positiver sa différence et de mieux penser sa complémentarité avec la ville.
Il y a ensuite un enjeu territorial. Face aux crises économiques, politiques et environnementales qui secouent notre planète, nos états et nos communautés, le territoire apparaît comme un espace de projets d’avenir pour agir à la bonne échelle. C’est d’abord
un lieu d’innovation collective où peuvent être mis en synergie des entreprises et des projets, c’est aussi un espace pour agir ensemble notamment autour des problématiques des ressources naturelles qui demande à diverses parties prenantes de s’associer plutôt que de
s’ignorer, c’est enfin un lieu de respiration démocratique où peuvent s’articuler positivement démocratie participative et démocratie représentative. Au-delà du développement local, qui fait du lieu un creuset pour se différencier, le développement territorial qui est plus large apparaît donc de plus en plus comme un espace “médian” stratégique entre le local et le global, un noeud dans un système de relations toujours plus complexes pour favoriser un développement équilibré. C’est donc l’ambition du développement territorial que de
conjuguer développement économique, progrès social et gestion de l’environnement. Il doit résolument être encouragé.
Il y a enfin un enjeu de civilisation. Nous vivons simultanément des mouvements contraires qui peuvent se détruire l’un l’autre : la liberté individuelle et les exigences collectives, le local et le global, l’unité et la diversité, l’économie et l’environnement. Comment conjuguer
positivement ses forces plutôt que de les subir ? Les territoires ruraux, par leur nature même, par les hommes qui les animent, les projets qui les irriguent sont souvent aux avant-postes de cette ambition. Il est dommage que ces derniers soient alors vus comme de simples espaces récréatifs à entretenir. Mieux accompagner les expérimentations territoriales en milieu rural pourrait ainsi davantage inspirer nos sociétés en recherche de durabilité. L’Europe et la France ont la chance d’avoir un immense espace rural vivant, c’est leur identité, cela peut être une force dans la mondialisation, pour peu qu’elles en fassent un véritable atout de développement.”

Michel Ledru, président de Sol et Civilisation

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