“L ’eau est une ressource essentielle et un élément de culture pour l’homme et ses activités. En ce sens, c’est un patrimoine car c’est un élément constitutif de notre identité et de nos projets. Pour maintenir les qualités de ce patrimoine, pour répondre aux attentes de tous, urbains comme ruraux, entreprises comme agriculteurs, collectivités comme particuliers, l’eau doit être gérée. En d’autres termes, il ne peut y avoir de patrimoine vivant sans gestionnaire de ce patrimoine.

Reconnaître que l’eau est aussi un produit des hommes, c’est alors positiver la fonction des agriculteurs dans leur vocation de gestionnaires des ressources locales, car c’est les considérer comme coproducteurs de ce bien qui va devenir de plus en plus rare, notamment dans le bassin méditerranéen. Cela suppose certainement des ajustements et des corrections dans les rapports entre la gestion des sols et la gestion de l’eau, cela suppose probablement de réfléchir à la répartition territoriale des productions et donc des usages des sols. Cela ouvre également la question des encouragements financiers aux gestionnaires des sols car il me semble légitime de pouvoir rémunérer les services rendus. Bref, cela suppose de construire un projet partagé et nous touchons là probablement au problème de fond.

La question n’est plus, en effet, aujourd’hui de faire reconnaître que telle ou telle ressource naturelle fait « patrimoine » et nécessite une prise en charge localisée. La question n’est plus de savoir s’il faut responsabiliser les différents acteurs dans cette prise en charge. La question n’est plus de savoir si l’agriculture doit être un allié dans cette gestion. La question aujourd’hui est de savoir comment il est possible de construire des projets partagés dans nos territoires avec l’ensemble des parties prenantes. Bref comment, il est possible de passer de ce désir de « patrimoine » à la « patrimonialisation ».

L’enjeu aujourd’hui est de définir les processus nous permettant de nous rencontrer et d’agir ensemble pour effectivement prendre en charge des patrimoines alors devenus communs. Le monde agricole, confronté, peut-être plus que d’autres à ce type d’enjeu a tout intérêt à le positiver. D’une part, parce que s’il est parfois présenté comme un problème, il est en fait une solution. C’est parce qu’il y a et il y aura des agriculteurs dans nos territoires qu’un certain nombre d’équilibres pourront être maintenus – Nous pensons ici à l’eau bien sûr mais aussi à la biodiversité, à la maîtrise des incendies, aux paysages. D’autre part, c’est parce que le monde agricole, ouvert et constructif, se présentera dans des projets territoriaux, qu’il aura en retour la reconnaissance et des sources de financement pour les services qu’il assure à la collectivité.

L’eau est notre patrimoine à tous. Il convient aujourd’hui de le « patrimonialiser ».”

Michel Ledru, président de Sol et Civilisation

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